Plafonds de la micro-entreprise 2026 : que se passe-t-il si on les dépasse ?
Par Alexandre Woirin, indépendant — méthode et sources
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Dépasser le plafond de la micro-entreprise ne ferme rien du jour au lendemain. C'est même l'inverse : la règle laisse deux années complètes avant de basculer, là où le seuil de TVA, lui, peut s'appliquer du jour au lendemain. Confondre les deux est l'erreur la plus coûteuse du régime. Voici les montants 2026, ce qui se passe vraiment au dépassement, et à quel moment il devient rationnel de changer de statut.
Les plafonds applicables en 2026
Les plafonds ont été revalorisés pour la période 2026-2028. Ils s'entendent en chiffre d'affaires encaissé sur l'année civile, et se proratisent la première année en fonction de la date de début d'activité.
| Activité | Plafond 2026-2028 | Ancien plafond |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement | 203 100 € | 188 700 € |
| Prestations de services et activités libérales | 83 600 € | 77 700 € |
Ces montants sont fixés pour trois ans : ils ne bougeront pas avant 2029. C'est une information utile pour qui construit une trajectoire sur plusieurs exercices.
Le prorata de la première année est souvent ignoré. Une activité de services démarrée le 1er octobre ne dispose pas de 83 600 €, mais de trois douzièmes de ce montant, soit environ 20 900 €. Un beau démarrage peut donc faire franchir le plafond dès la première année sans que personne l'ait vu venir.
La règle des deux années consécutives
Le point que la plupart des articles expliquent mal : un dépassement isolé ne fait rien perdre. Il faut deux années civiles consécutives au-dessus du plafond pour sortir du régime, et la sortie prend effet au 1er janvier de l'année suivante.
Autrement dit, une année exceptionnelle suivie d'un retour à la normale n'a aucune conséquence sur le régime micro. Le compteur repart de zéro.
Deux dépassements non consécutifs — par exemple 2026 et 2028, avec une année 2027 sous le plafond — ne déclenchent rien. C'est la continuité qui compte, pas le cumul.
L'erreur classique : confondre les deux plafonds
Le plafond du régime micro et le seuil de franchise en base de TVA sont deux mécanismes distincts, avec deux montants, deux délais et deux conséquences différents.
| Plafond micro | Seuil de TVA | |
|---|---|---|
| Services | 83 600 € | 37 500 € |
| Vente | 203 100 € | 85 000 € |
| Ce qu'on perd | le régime micro | la dispense de TVA |
| Délai | deux années consécutives | immédiat ou au 1er janvier |
Pour une activité de services, le seuil de TVA arrive plus de deux fois plus tôt que le plafond micro. C'est lui qu'on rencontre en premier, et c'est pourtant celui qu'on surveille le moins.
Deux trajectoires, deux issues
Hugo, développeur. Il encaisse 91 000 € en 2026 puis 78 000 € en 2027. Un seul dépassement : il reste micro-entrepreneur. En revanche il facture la TVA depuis longtemps, ayant franchi les 37 500 € bien avant. Son régime social et fiscal n'a pas bougé ; seule sa facturation a changé.
Inès, revendeuse. Elle encaisse 210 000 € en 2026 puis 225 000 € en 2027 : deux années consécutives au-dessus de 203 100 €. Elle bascule au régime réel au 1er janvier 2028. Elle passe d'un abattement forfaitaire de 71 % à une comptabilité complète où elle déduit ses charges réelles — ce qui, sur une activité de négoce à fortes charges, lui est probablement favorable.
Ce qui change vraiment à la sortie
Sortir du régime micro n'est ni une sanction ni une catastrophe. C'est un changement de méthode.
- Les charges deviennent déductibles pour leur montant réel, à la place de l'abattement forfaitaire. Selon l'activité, c'est un gain ou une perte.
- La comptabilité devient complète : bilan, compte de résultat, et le plus souvent un expert-comptable. Compte plusieurs centaines d'euros par an.
- Les cotisations sociales se calculent sur le bénéfice, plus sur le chiffre d'affaires. Une année sans bénéfice ne génère plus de cotisations proportionnelles — mais des minima s'appliquent.
- Le statut juridique peut rester l'entreprise individuelle : sortir de la micro n'oblige pas à créer une société.
Micro, réel, société : ce qui se décide vraiment
Le dépassement du plafond est souvent vécu comme une porte qui se ferme. C'est plutôt le moment où trois options se présentent, et où il devient rentable de les comparer sérieusement.
Rester en entreprise individuelle au régime réel. C'est la suite naturelle et la moins bouleversante : même structure juridique, même numéro SIRET, même relation avec tes clients. Ce qui change est la comptabilité et le mode de calcul de l'impôt et des cotisations. Tu déduis tes charges réelles, tu amortis ton matériel, et tu passes par un expert-comptable dans la quasi-totalité des cas.
Créer une société, EURL ou SASU. Cela n'a rien d'automatique et ne s'impose jamais du seul fait d'un dépassement. L'intérêt est ailleurs : séparer le patrimoine, choisir entre rémunération et dividendes, accueillir un associé, ou simplement inspirer davantage confiance à de gros donneurs d'ordre. Le coût est réel — formalités, comptabilité plus lourde, et pour la SASU des cotisations sociales sensiblement plus élevées sur la rémunération.
Rester sous le plafond volontairement. C'est une option légitime, rarement présentée comme telle. Si ton activité supporte peu de charges et que la simplicité du régime micro te convient, lisser ton chiffre d'affaires d'une année sur l'autre a du sens. Ce n'est pas de l'évitement : l'encaissement se pilote légalement.
Le critère qui tranche est presque toujours le même : le rapport entre tes charges réelles et ton abattement forfaitaire. Tant que l'abattement est plus généreux que tes dépenses, la micro te fait gagner de l'argent. Dès qu'il devient plus faible, elle t'impose sur des sommes que tu n'as pas gardées. Faire chiffrer les deux scénarios coûte une consultation ; se tromper de régime pendant trois ans coûte bien davantage.
Anticiper plutôt que subir
Le bon moment pour y réfléchir n'est pas l'année du second dépassement, c'est celle du premier. Trois questions suffisent à cadrer la décision.
Tes charges réelles dépassent-elles ton abattement ? Si oui, la sortie te sera favorable et il n'y a pas lieu de la craindre. Si non, la micro reste le bon régime et il peut être rationnel de lisser ton activité.
Peux-tu décaler un encaissement ? Le plafond se mesure sur l'encaissement : convenir d'un règlement en janvier plutôt qu'en décembre est parfaitement légal.
Ton activité va-t-elle continuer à croître ? Si la réponse est oui, retarder d'un an ne fait que repousser le sujet — autant préparer la transition tranquillement.
En résumé
- Plafonds 2026-2028 : 83 600 € en services, 203 100 € en vente. Figés jusqu'en 2029.
- Sortie du régime après deux années consécutives de dépassement seulement.
- Deux dépassements non consécutifs ne déclenchent rien.
- Première année : le plafond est proratisé à la date de début d'activité.
- Ne pas confondre avec le seuil de TVA, plus de deux fois plus bas en services.
- La sortie est un changement de méthode comptable, pas une sanction — et elle est souvent favorable aux activités à fortes charges.
Pour situer ta trajectoire, le calculateur projette ton chiffre d'affaires sur douze mois, et la page barèmes récapitule plafonds et seuils 2026.
Suivre son cumul sans y penser
Le plafond se franchit sur l'encaissement, pas sur la facturation : c'est pour ça qu'on ne le voit pas venir. Indy rapproche les encaissements du compte bancaire et affiche le cumul de l'année en continu.
Découvrir Indy (lien partenaire — redirection vers indy.fr)Cet article a un but informatif et ne remplace pas les conseils d'un expert-comptable ni les textes officiels. Le choix d'un régime dépend de la situation complète de l'entreprise. Certains liens de cette page sont des liens d'affiliation : ClairArgent peut percevoir une commission, sans surcoût pour toi.